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Interview

Nomuvia : entretien avec Jesús Otero

Jesús Otero, fondateur de Nomuvia, a répondu par écrit à nos questions : ce que fait Nomuvia, pour qui, ses limites et ce qui arrive.

Par Victor · publié le 3 novembre 2026 · 7 min de lecture

Victor Le Barbier (Hospia) En deux phrases : qu’est-ce que Nomuvia, et pour qui l’avez-vous conçu ?

Jesús Otero (Nomuvia) Nomuvia propose des visites audio gratuites pour découvrir une ville à pied, dans le navigateur du téléphone et sans application. Je l’ai créé parce qu’en visite guidée on me pressait souvent vers l’arrêt suivant, alors que j’avais envie de prendre le temps de comprendre l’histoire et de profiter du lieu.

Il est pensé pour ceux qui voyagent lentement, qui préfèrent s’arrêter, écouter et regarder à leur rythme, dans plus de 180 villes et en six langues.

VLB (Hospia) D’où venez-vous, et qu’est-ce qui vous a amené à Nomuvia ?

JO (Nomuvia) Je suis vénézuélien et je vis en Espagne. Je travaille comme engineering manager dans le logiciel, et Nomuvia est né en dehors de ce travail, en voyage : lors de visites guidées où l’on courait d’un arrêt à l’autre, je me suis dit qu’il devait exister une façon plus lente de découvrir une ville.

J’ai commencé à le construire en 2026 et je suis seul aux commandes : j’utilise des outils d’intelligence artificielle pour rédiger et mettre en voix les balades à partir de sources citées, puis je les relis avant de les publier.

VLB (Hospia) Quelle place occupent les locations de courte durée parmi vos clients, et qu’est-ce qui les distingue des autres ?

JO (Nomuvia) Ce ne sont pas vraiment des clients, puisque Nomuvia est gratuit pour tout le monde, mais des partenaires. Sur une trentaine d’hébergements qui le proposent aujourd’hui à leurs voyageurs, plus de la moitié sont des locations de courte durée et des conciergeries, dont plusieurs en France, à Lyon, Toulouse, Montpellier, Strasbourg ou Reims.

Ce qui les distingue, c’est qu’il n’y a souvent pas de réception : le voyageur arrive avec un code, et l’hôte n’est pas là pour lui conseiller une promenade. Un lien ou un QR code dans le livret d’accueil ou le message d’arrivée fait ce travail à sa place. Leur page Nomuvia montre d’abord les balades qui partent le plus près du logement, parce qu’un appartement est souvent dans un quartier résidentiel, loin du centre historique.

VLB (Hospia) Quel problème concret d’un hôte ou d’une conciergerie réglez-vous le mieux ?

JO (Nomuvia) La question « qu’est-ce qu’on peut voir dans le coin ? », qui revient à chaque séjour, souvent par message, à toute heure et dans toutes les langues. Préparer un vrai guide du quartier prend du temps, et un PDF de recommandations ne raconte rien.

Avec Nomuvia, l’hôte envoie un seul lien, et le voyageur a une balade à pied qui part près du logement, avec une carte et une voix qui lui raconte l’histoire des lieux, dans sa langue. Pour l’hôte, cela ne coûte rien et ne demande aucune gestion : pas de compte à créer pour le voyageur, pas d’application à installer, rien à mettre à jour.

VLB (Hospia) Pour quels profils Nomuvia n’est-il pas fait, ou demande-t-il un accompagnement avant de s’engager ?

JO (Nomuvia) Nomuvia n’est pas fait pour les logements à la campagne ou loin d’une ville que nous couvrons. Avant de s’engager, il vaut mieux vérifier qu’une balade part à distance raisonnable. Si ce n’est pas le cas, on peut en parler, car nous ajoutons régulièrement de nouvelles villes.

Il ne convient pas non plus aux voyageurs qui cherchent un guide en chair et en os, avec qui échanger, ni à ceux qui veulent une visite de musée ou des billets inclus : ce sont des balades en extérieur, racontées par une voix artificielle, à faire à son rythme.

VLB (Hospia) Que proposez-vous aux conciergeries qui gèrent les logements de leurs clients ?

JO (Nomuvia) Une page à leur nom, gratuite, avec les balades de leur ville. Nous leur donnons un lien à partager comme ils veulent, dans le message d’arrivée ou le livret d’accueil numérique, et une affiche A4 avec son QR code à laisser dans chaque logement.

Le voyageur l’ouvre dans sa langue, sans compte ni application, et peut voir d’abord les balades qui partent le plus près de lui. Il n’y a ni contrat, ni commission, ni rien à gérer : la page s’active d’un clic, et le même lien sert pour tous les logements de la conciergerie.

VLB (Hospia) Qu’est-ce qui a le plus changé dans votre produit depuis un an, et pourquoi ?

JO (Nomuvia) Nomuvia a moins d’un an, mais ce qui a le plus changé, c’est la façon de raconter. Les premières balades sonnaient comme une encyclopédie : des dates, des noms, des styles architecturaux. Tout était juste, mais on décrochait au troisième arrêt.

Je les ai réécrites pour qu’elles racontent une histoire à chaque lieu, avec moins de chiffres, des personnages, des détails à regarder sur place, et une voix plus vivante, accompagnée d’une musique propre à chaque ville. C’était le but de départ : prendre le temps de comprendre un lieu, pas accumuler des informations.

Entre-temps, le catalogue est passé de quelques dizaines de villes à plus de 180, et les hébergements partenaires ont maintenant leur propre page.

VLB (Hospia) Qu’est-ce qui arrive chez Nomuvia dans les douze prochains mois ?

JO (Nomuvia) D’abord, un mode hors connexion : on pourra télécharger une balade avant de partir et l’écouter sans réseau, ce qui compte beaucoup pour les voyageurs étrangers et pour les escales de croisière. Ensuite, régulièrement, de nouvelles villes, avec davantage d’Amérique latine et d’Asie.

Côté hébergements, je veux que chaque hôte puisse offrir Nomuvia à ses voyageurs en quelques minutes, partout où nous avons des balades.

Les balades resteront gratuites et sans publicité. Plus tard, certaines fonctionnalités supplémentaires pourront être payantes, et chaque balade continuera de citer ses sources.

VLB (Hospia) Comment voyez-vous évoluer la location courte durée ces prochaines années : réglementation, économie, concurrence ?

JO (Nomuvia) Je ne suis pas un spécialiste du secteur, mais je le vois depuis l’Espagne et depuis nos partenaires en France. La réglementation va continuer à se resserrer, avec l’enregistrement obligatoire des logements, le partage des données entre plateformes et communes au niveau européen, et des villes qui limitent les nuitées ou les nouveaux meublés. Cela va pousser le secteur à se professionnaliser, et les conciergeries y ont un rôle clé.

Économiquement, quand l’offre se réduit et que les règles se ressemblent, on ne se distingue plus seulement par le prix ou l’emplacement, mais par la qualité du séjour et l’accueil.

Et il y a la question du tourisme de masse : les villes veulent des voyageurs qui prennent leur temps et qui découvrent aussi d’autres quartiers que le centre. C’est un peu ce que nous essayons de faire à notre échelle, avec des balades lentes, gratuites, qui racontent la ville et la respectent.

VLB (Hospia) Une erreur fréquente que vous voyez chez les hôtes ou les conciergeries, et comment l’éviter ?

JO (Nomuvia) L’erreur la plus fréquente, c’est de partager une bonne ressource au mauvais moment. Un lien glissé dans un long e-mail de confirmation, trois semaines avant le voyage : personne ne le retrouve une fois sur place.

Ce que je vois dans nos chiffres, c’est que les hébergements qui ont le plus de voyageurs sur Nomuvia sont ceux qui ont mis une affiche avec un QR code dans le logement, près de la porte ou sur la table, là où l’on se demande quoi faire de sa journée.

Le conseil est simple : donner l’information quand le voyageur en a besoin, dans le message du jour d’arrivée et dans le logement, plutôt qu’avant.

VLB (Hospia) Comment un hôte propose-t-il vos expériences à ses voyageurs, et qu’y gagne-t-il ?

JO (Nomuvia) C’est simple : l’hôte nous écrit, ou il active la page que nous lui avons préparée, et il reçoit un lien et une affiche A4 avec un QR code. Il partage le lien dans le message d’arrivée et pose l’affiche dans le logement ; le voyageur scanne, choisit une balade dans sa langue et part à pied, sans rien installer.

Ce que l’hôte y gagne, c’est une réponse toute prête à « qu’est-ce qu’on fait aujourd’hui ? », un petit plus offert à ses voyageurs qui ne lui coûte rien, et du temps : il n’a pas à écrire de guide ni à le tenir à jour. Nous ne prenons aucune commission et nous ne lui demandons rien en échange.

VLB (Hospia) Dans quelles régions êtes-vous présents, et comment choisissez-vous les prestataires ?

JO (Nomuvia) Nous sommes surtout présents en Europe, avec plus de 180 villes dans 43 pays : l’Italie, l’Espagne, l’Allemagne et la France en tête, avec 17 villes françaises, de Paris à Ajaccio en passant par Lyon, Bordeaux, Strasbourg, Colmar ou Honfleur. Nous couvrons aussi des villes des Amériques, des États-Unis à l’Argentine, et d’Asie du Sud-Est.

Nous ne passons pas par des prestataires : chaque balade est conçue par Nomuvia à partir de sources ouvertes. OpenStreetMap et Wikidata servent à choisir les lieux et le tracé, Wikipédia et les sources qu’elle cite servent au récit, et toutes sont indiquées sur la page de la balade. Le choix des villes, lui, suit ce que demandent les voyageurs et nos hébergements partenaires.

VLB (Hospia) Comment se passent la réservation et l’annulation pour le voyageur ?

JO (Nomuvia) Il n’y a ni réservation ni annulation : les balades sont gratuites et toujours disponibles. Le voyageur ouvre le lien ou scanne le QR code, choisit une balade et commence quand il veut, le jour et à l’heure qui lui conviennent.

Il peut faire une pause, reprendre plus tard ou s’arrêter en route, sans prévenir personne. Il n’y a pas non plus de compte à créer ni de données de paiement à donner.

VLB (Hospia) Un sujet que nous n’avons pas abordé et dont vous aimeriez parler ?

JO (Nomuvia) J’aimerais parler de confiance. Pendant une visite guidée, on ne vérifie pas ce que dit le guide : on le croit. Chez Nomuvia, chaque arrêt indique ses sources, donc le voyageur peut vérifier, aller plus loin, et même nous signaler une erreur à contact@nomuvia.com, que nous corrigeons.

Nous disons aussi clairement que les textes et la voix sont faits avec l’intelligence artificielle, et quand l’histoire d’un lieu est disputée, nous présentons les différents points de vue au lieu de trancher.

Et puis il y a la vie privée, qui compte de plus en plus : pas de compte, pas de publicité, aucune donnée vendue, et la localisation est facultative. Nous utilisons l’IA pour créer les balades, pas pour exploiter les données de nos voyageurs.

VLB (Hospia) Ce que vous aimeriez qu’un lecteur retienne de Nomuvia, en une phrase.

JO (Nomuvia) Nomuvia vous invite à ralentir : une ville se comprend mieux quand on prend le temps d’écouter son histoire, à son rythme, gratuitement et en sachant d’où vient chaque mot.

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Le site de Nomuvia : nomuvia.com

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